La première fois que j’ai assisté à un événement 100% virtuel, c’était vers 2021, en plein confinement, et honnêtement j’avais trouvé ça d’un triste absolu. Un Zoom géant avec 400 vignettes, un mec qui parle dans le vide, deux ou trois émojis qui flottent dans le chat. Fin de l’expérience. J’en étais ressorti avec la conviction que ce format allait mourir dès que les gens pourraient de nouveau se serrer la main.
Cinq ans plus tard, je me suis pris une claque assez marrante en réalisant à quel point je m’étais planté.
Parce que là, en 2026, on n’est plus du tout dans le même délire. Les fashion weeks ont commencé à balancer des défilés entièrement virtuels — pas des Zoom, hein, des vrais univers 3D avec des mannequins numériques, des collections qui n’existent que sous forme de fichiers, et des invités qui se promènent dans un espace conçu comme une œuvre d’art à part entière. Perso, j’ai regardé une captation il y a deux semaines et j’étais scotché. C’est devenu un langage créatif à part entière, pas un pis-aller.
Et le truc c’est que l’écosystème derrière suit. Une plateforme française spécialisée dans la gestion d’événements vient de lever 1,3 million d’euros pour se concentrer justement sur le virtuel — ce qui, franchement, aurait été impensable il y a quelques années où tout le monde jurait qu’on ne remplacerait jamais le présentiel. Le fait qu’il y ait de l’argent qui rentre sur ce créneau, c’est pas anodin. Les investisseurs ne mettent pas 1,3M dans un truc qu’ils pensent voir disparaître dans six mois. Ça change tout, un peu comme Brutal Casino et les plateformes de divertissement en ligne qui ont réussi à recréer une vraie ambiance là où on pensait que rien ne pourrait remplacer le physique.

Deuxième signe qui ne trompe pas : le patrimoine s’y met sérieusement. Versailles a sorti une expérience en réalité virtuelle autour de la Lumière de la Liberté, et je trouve ça fascinant parce qu’on parle d’un des lieux les plus fréquentés physiquement au monde. Si eux se disent « OK, on va aussi exister en virtuel », c’est qu’ils ont compris un truc que beaucoup d’institutions n’ont pas encore capté : le virtuel n’est pas un concurrent du présentiel, c’est un prolongement. Tu visites Versailles en vrai, tu prends une claque, et tu peux ensuite y retourner depuis ton salon dans une version augmentée qui te raconte des choses que la visite physique ne peut pas te raconter.
Troisième truc, plus technique mais vraiment intéressant : les jumeaux numériques de territoires. Le BRGM (le bureau de recherches géologiques) s’est associé avec une boîte pour développer des répliques numériques de zones entières. En gros, tu prends un territoire, tu le modélises intégralement, et tu peux organiser dessus tout ce que tu veux — des simulations, des visites, des événements. C’est plus de la conférence Zoom du tout. C’est un espace numérique qui existe en parallèle du réel et qui a ses propres usages.
Autre signe : le marketing digital a explicitement mis dans ses orientations 2026 la lutte contre ce qu’ils appellent le « slop » — ce contenu médiocre généré à la chaîne. Et devine quoi, les événements virtuels bien produits sont pile dans la contre-tendance. Une marque qui investit dans un vrai événement immersif, avec une scénographie pensée, un univers cohérent, ça se démarque immédiatement d’un feed rempli de vidéos IA génériques. Le virtuel de qualité redevient un signal de sérieux, ce qui est un renversement complet par rapport à 2021 où le virtuel = fauché.
Cinquième point, et là c’est plus une observation perso : l’expérience s’est vraiment améliorée. Les casques sont plus légers, les plateformes ne rament plus, et surtout les gens savent enfin comment se comporter dans un événement virtuel. Y a eu un apprentissage collectif. On sait quand allumer sa caméra, quand utiliser un avatar, comment interagir sans que ce soit gênant. C’est pas une révolution technologique, c’est une révolution culturelle, et ça compte au moins autant.
Sixième et dernier truc que je remarque : les formats hybrides sont devenus la norme sans qu’on s’en rende compte. Quasiment plus aucun événement pro ne se fait sans une composante virtuelle, même quand le présentiel est là. Une conférence, un salon, une AG d’entreprise — il y a toujours un flux, une plateforme, un espace où les gens qui n’ont pas pu venir peuvent quand même participer. Et souvent, les participants distants sont deux ou trois fois plus nombreux que les présents. Ce qui pose une question un peu vertigineuse d’ailleurs : quel est le vrai événement, celui dans la salle ou celui derrière les écrans ?
Je n’ai pas de réponse. Mais je trouve la question infiniment plus intéressante que celle qu’on se posait en 2021, à savoir « est-ce que le virtuel va remplacer le présentiel ». La vraie réponse c’était : ni l’un ni l’autre, les deux vont fusionner jusqu’à ce que la distinction n’ait plus vraiment de sens.
Et on y est, en fait.